Solidaires - Unitaires - Démocratiques

Accueil > Précaires > Après les intermittents, les pigistes

Après les intermittents, les pigistes

mercredi 19 novembre 2008

Après avoir signé en 2003 et en 2006 des accords réduisant de façon dramatique l’indemnisation de chômage des intermittents du spectacle, les syndicats CFDT, CFTC et CFE-CGC viennent de récidiver concernant les droits des journalistes payés à la pige.
 
Lire le texte de l’accord
 
SUD Culture Solidaires s’est associé à la pétition nationale qui suit :
 
Refusons les atteintes aux droits sociaux des journalistes

Les journalistes professionnels, rémunérés à la pige ou permanents, ont appris avec consternation la signature, vendredi 7 novembre 2008, de l’« accord » général « pigiste » presse écrite par la CFDT et la CFTC. Survenant alors que jusqu’ici l’ensemble des syndicats avait manifesté la plus ferme opposition tant sur le texte proposé que sur la manière dont la négociation avait été forcée par les organisations patronales. Les syndicats SNJ, SNJ CGT et FO refusent pour leur part de signer ce texte.

Ce texte, s’il devait être mis en œuvre balayerait -pour les journalistes payés à la pige- une partie des acquis de la convention collective nationale des journalistes. Son application bousculerait plusieurs articles du code du travail dont nous peinons à obtenir l’entière application, si ce n’est devant les tribunaux.

L’accord proposé prévoit notamment :

- Des conditions quasi impossibles à remplir pour que les pigistes puissent être électeurs et éligibles lors des élections de délégués du personnel (DP), au comité d’entreprise (CE) et comité hygiène sécurité et condition de travail (CHSCT) des entreprises de presse pour lesquelles ils travaillent ;
- La non-inscription des journalistes pigistes sur le registre unique du personnel (une façon de remettre en cause leur statut de salarié) ;
- La régularisation d’usages illégaux, comme le paiement des congés payés et du 13e mois chaque mois et non une fois par an comme prévu par la Convention collective.
- La refonte de la clause conventionnelle sur les primes d’ancienneté et le risque de son intégration dans le montant de la pige comme beaucoup d’employeurs le font déjà pour les congés payés et le 13e mois, alors que ces trois éléments de salaire doivent être payés en plus du montant de la pige ;
- le contournement de l’obligation conventionnelle de maintien du salaire en cas de maladie ou maternité.

La liste n’est pas exhaustive.

Cet « accord » dit général correspond aux intérêts des employeurs qui refusent de respecter le droit du travail et la convention collective pour leurs journalistes pigistes. Il serait, pour eux, la contrepartie de l’accord sur la formation des journalistes pigistes auxquels les syndicats de journalistes sont parvenus avec les fédérations patronales après plus de deux ans de négociation. L’accord de branche presse écrite de 2005 sur la formation avait remis à plus tard les droits à la formation des pigistes mais des négociations avaient pu être ouvertes sous la pression des syndicats et des journalistes pigistes eux-mêmes Le texte formation signé par six syndicats de journalistes en novembre 2007 attend depuis un an la signature patronale !

Rappelons encore que le ministère du travail, là encore sur demande expresse des syndicats, a convoqué une commission paritaire au printemps 2008 pour dépasser ce blocage. Une pétition avait été lancée à cette occasion par des journalistes payés à la pige fin 2007 avait alors rassemblé plus de 1 300 signatures en quelques semaines.
 
Ce texte, s’il est appliqué, constituera un nouveau moyen pour les entreprises de faire porter sur les journalistes pigistes une partie des réductions de coûts que les entreprises cherchent à réaliser. Vivant le plus souvent dans des conditions économiques instables et difficiles, les journalistes pigistes, nous sommes 7 000 en France, soit un quart des journalistes en activité, n’avions pas besoin de cette nouvelle preuve du mépris de certains syndicats et des organisations patronales qui ne savent plus envisager les journalistes que comme un coût, une main-d’œuvre et non comme le ferment d’une presse de qualité.

Nous appelons les organisations qui ont signé ce projet d’accord à bien mesurer toutes les conséquences de leur acte, et nous appelons dès aujourd’hui tous nos confrères à leur demander des comptes sur ce coup bas dont nous saurons nous souvenir.

Nous assurons les représentants des employeurs de notre très ferme volonté de défendre nos droits et notre statut en chaque circonstance, et par tous les moyens que nous jugerons appropriés.

Nous appelons tous les syndicats, les associations, les collectifs à envisager dans l’unité tous les moyens à mettre en œuvre pour empêcher la mise en application de ce texte.

Pour preuve de notre mobilisation, cette pétition sera adressée à la CFDT, à la CFTC, copie en sera faite aux deux ministères du travail et de la culture. Les atteintes aux droits sociaux des journalistes sont aussi des atteintes à la liberté et la qualité de la presse.
 
Pour signer l’appel  :
http://www.gopetition.com/online/23...
 
(Précision : au momement du lancement de la pétition, la CGC n’avait pas encore annoncé qu’elle signait l’accord)