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Plateforme Médias du syndicat SUD Culture Solidaires

samedi 27 avril 2013

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Droit à la culture, droit à l’information

La répartition inégale des richesses dans le monde se traduit aussi par des inégalités flagrantes dans l’accès à la culture, à l’éducation et à l’information. Plus de 800 millions d’adultes sont analphabètes ; alors que les modèles d’organisation de la culture et des médias sont globalement remis en cause par le développement spectaculaire d’internet et la « révolution numérique », l’accès à ces biens et outils est inégal. D’autant qu’il s’agit d’une évolution chaotique, selon les lois du marché, où les grands groupes multimédias réalisent d’énormes profits grâce à la vente de produits trop souvent uniformisés. Et parfois grâce à des positions de quasi-monopole (exemple : Google).

Pour la plupart de ces groupes, l’information est devenue un produit complémentaire, qui s’adresse non pas au citoyen avide d’information, mais au consommateur solvable qui doit être incité à acheter les biens, produits ou promus par ces mêmes groupes.

Cette évolution du capitalisme mondial - la marchandisation de la culture et de l’information - se vérifie également en France, cependant avec quelques spécificités :

 d’une part, les principaux groupes privés français qui contrôlent les médias ne sont pas des groupes essentiellement multimédias ; il s’agit de groupes industriels étroitement liés au pouvoir politique, d’autant qu’ils dépendent de marchés publics (armement, construction).

 d’autre part, malgré les privatisations commencées sous Mitterrand (TF1, création de chaînes TV privées, développement de radios commerciales…), et malgré les mesures de mainmise politique et de démantèlement prises ou tentées par la droite, des secteurs importants de l’information disposent toujours d’une relative indépendance structurelle, statutaire, vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques : l’audiovisuel public et l’Agence France-Presse.

Un combat citoyen

Historiquement, le mouvement ouvrier s’est donné ses propres moyens de propagande et d’information, afin de contrer la propagande de la classe dominante. Cette donnée de base a évolué avec le développement des médias de masse et la quasi-disparition des journaux d’opinion, remplacés par des médias prétendument indépendants, mais pour la plupart tenus par de puissants groupes privés.

Même si les médias affichent généralement cette relative « neutralité », leur indépendance est davantage un objectif qu’une réalité. Les rédactions de nombreux journaux en ont fait l’expérience lors d’un changement de propriétaire. Et tout citoyen peut constater que la plupart des médias sont hostiles aux positionnements syndicaux, et a fortiori aux actions qui sortent du cadre des solutions convenues et de la pensée unique.

Ravir à la minorité des tenants du pouvoir l’hégémonie intellectuelle, en faisant progresser la conscience des masses, est l’un des objectifs stratégiques clés sur la voie du changement politique et social. La culture, l’éducation, les médias, la recherche… sont les terrains de cet affrontement. Il s’agit d’un combat citoyen, qui ne peut être gagné que par l’action commune de tous les acteurs progressistes, en faveur d’une culture, d’une éducation, d’une information, d’une recherche INDEPENDANTS DES POUVOIRS POLITIQUES ET FINANCIERS.

Pour être efficace, ce combat ne saurait se limiter à une activité catégorielle ou sectorielle, au sein d’une entreprise ou d’une branche d’activité ; il doit être global, en combinant plusieurs facteurs : lutte citoyenne, lutte syndicale avec les salarié-e-s et précaires du secteur de la culture et des médias, lutte pour la défense de l’Audiovisuel public, de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF) et de l’Agence France Presse (AFP), lutte pour renforcer les médias alternatifs, ….

Un combat global

1 / Nous soutenons toutes les initiatives législatives, politiques, syndicales, citoyennes, qui visent à combattre les mesures liberticides et à endiguer l’emprise financière ou des pouvoirs politiques sur les médias. Concrètement, SUD Culture Solidaires est en faveur d’une limitation de la concentration des médias, contre la nomination des PDG de l’audiovisuel public par l’exécutif, pour la protection des sources, en faveur d’une plus forte représentation des salariés dans les conseils d’administration des entreprises médiatiques…

SUD Culture Solidaires soutient les associations de critique des médias qui ont cette même approche (type Acrimed), car cette critique des médias ne doit pas être le domaine réservé des seuls salariés des médias, voire d’une seule catégorie professionnelle (les journalistes, qui - à l’instar de l’ordre des médecins - n’accepteraient en matière de déontologie et d’honneur professionnel que la juridiction de leurs pairs).

2 / Syndicat s’adressant à l’ensemble des salariés travaillant dans le secteur de la culture, des médias, de la communication, SUD Culture Solidaires entend, avec ses alliés, mener le combat au sein même des entreprises médiatiques, qu’elles soient privées, publiques ou dotées d’un statut particulier comme l’AFP. Il s’agit à la fois d’organiser la défense matérielle et morale des intérêts des salariés de ces entreprises et de lutter pour qu’ils puissent exercer leurs métiers de la façon la plus autonome possible face aux contraintes économiques et politiques.

3 / La course à l’audimat tire le niveau culturel et intellectuel de l’audiovisuel public vers le bas. Aux salariés des médias et aux citoyens d’inverser la tendance ! Et d’exiger que l’audiovisuel public assure un service culturel et d’information de qualité, pour obliger les médias privés à rivaliser sur le terrain de la qualité et non du trash, du people et de l’info-divertissement.

La défense de l’audiovisuel public est donc un axe stratégique important dans la lutte pour des médias libérés des contraintes extérieures. Cela ne concerne pas seulement les chaînes de France Télévisions et de Radio France, mais également les acteurs de l’Audiovisuel extérieur de la France (RFI, France24, TV5Monde et la radio arabophone Monte Carlo Doualiya).

La défense de l’AFP en est un autre axe important. Entreprise ni privée, ni publique, mais sui generis, ne disposant pas de capitaux et protégée par une loi datant de 1957, car elle « ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique ». De plus, elle a l’obligation statutaire de fournir « de façon régulière et sans interruption, une information exacte, impartiale et digne de confiance »

Au cours des dernières années, de nombreuses tentatives ont été menées pour modifier le Statut de l’AFP, tantôt pour la privatiser, tantôt pour la transformer en société par actions détenue et contrôlée par l’État. La mobilisation du personnel et des citoyens attachés à son Statut d’indépendance a permis de stopper ces attaques. SUD y a activement contribué et continue d’agir pour que l’AFP ne soit pas détournée de sa mission d’intérêt général.

Par ailleurs, SUD défend l’AEF et l’AFP aussi en tant qu’acteurs de la francophonie, pour combattre le monopole culturel des médias anglo-saxons, qui sont pour la plupart des médias privés et vecteurs de l’idéologie libérale.

4 / Les médias associatifs, à but non lucratif, et les nouveaux moyens de communication offerts par l’Internet et la téléphonie mobile peuvent et doivent jouer un rôle important pour briser le monopole des grands médias privés et publics. SUD Culture Solidaires soutient les initiatives qui tendent à développer des médias indépendants des pouvoirs politiques et financiers, car ils sont indispensables pour assurer le succès de la transformation sociale que nous prônons. (…)

L’action de SUD dans le secteur des médias

L’audiovisuel emploie quelque 230 000 personnes (spectacle, information,…). Parmi les principales entreprises : France Télévisions (8.900 salariés), Radio France 4.000 (dont 620 journalistes), TF1 (1.500 salariés, dont 200 journalistes). La presse écrite compte elle quelque 80.000 salariés (journalistes professionnels, ouvriers du livre, techniciens, administratifs, commerciaux), dont 35% travaillent dans des entreprises de plus de 500 salariés. Environ 37.000 journalistes sont titulaires de la carte de presse.

SUD Culture prône un syndicalisme intercatégoriel, selon le principe « même patron, même syndicat », alors que le secteur des médias est profondément marqué par les syndicats catégoriels, dans le sens « une profession, un syndicat » (syndicats des journalistes, des correcteurs, des imprimeurs, des techniciens...).

Car il s’agit pour SUD Culture d’offrir à l’ensemble des travailleurs des médias la possibilité de s’organiser dans un syndicat combatif, sur la base des principes et valeurs de l’Union syndicale Solidaires.

Nous revendiquons le travail d’équipe en radio et en télévision, le journaliste ne pouvant se passer des autres corps de métiers - technicien, réalisateur, cameraman, maquilleur, etc. - dans son travail de tous les jours. De même, comment concevoir la presse écrite sans la complémentarité des différents métiers ?

Dans le cadre de son orientation générale en faveur de médias affranchis des contraintes politiques et économiques, SUD Culture se bat contre toute forme de censure directe, mais aussi contre les mécanismes de censure indirecte, d’autocensure, de favoritisme, de disciplinarisation des rédactions et des personnels en général, de soumission et d’encouragement de comportements opportunistes…

D’où notre attachement à des règles applicables à tous, aux plans de carrière et aux progressions salariales automatiques, donc hors mesures « au choix » décidées par des hiérarchies qui trop souvent fonctionnent comme caste, élue par le pouvoir ou par le patron. Et qui tendent à écarter, voire éliminer, les éléments critiques.

D’où aussi la nécessité pour SUD Culture de combattre l’inquiétante précarité dans les médias, qui ne produit pas seulement des situations socialement inacceptables mais qui constitue aussi - surtout ? - un puissant moyen de contrôle social. Rares sont les journalistes précaires qui se rebiffent contre les exigences de leur hiérarchie rédactionnelle ou de leur patron, car le rapport de force ne joue par en leur faveur. Enfin, la mise en concurrence entre précaires et titulaires vise à « maîtriser » la masse salariale et à augmenter la productivité de tous, au détriment des conditions de travail et du niveau salarial de tous.

Les précaires (chômeurs, pigistes, CDD, stagiaires) étant mis en concurrence entre eux et isolés par définition, la lutte contre la précarité doit notamment être menée dans les entreprises, là où le rapport de force le permet. Parmi les priorités des équipes syndicales SUD Culture dans les entreprises des médias : respect du code du travail, recours aux intérimaires selon les critères définis par la loi, titularisation des CDD et pigistes les plus anciens, sécurisation du revenu des pigistes…

Dans le cadre de la NAO (négociation annuelle obligatoire), SUD Culture propose de créer un lien solidaire entre les CDI et les précaires, en faisant évoluer le revenu des pigistes de la même façon que celui des titulaires.

La défense des droits sociaux des précaires passe aussi par l’obtention et l’exercice du droit de vote. C’est pourquoi SUD Culture est en faveur de la participation la plus large possible des précaires aux élections professionnelles dans les entreprises.

La plupart des médias français bénéficient des aides directes ou indirectes de l’État à la presse, ce qui n’empêche pas les chefs d’entreprise de compenser la perte de revenus publicitaires par une réduction des coûts de fabrication, en agissant sur la masse salariale et sur la qualité. SUD est en faveur d’une remise à plat de ces aides : elles doivent revenir aux médias qui respectent le code du travail et la mission d’intérêt général dont ils sont théoriquement investis, dès lors que leur but premier consiste à informer les citoyens.

SUD Culture est aux côtés des salariés des médias qui s’opposent à la mutualisation des titres détenus par le même groupe. Des mesures législatives limitant la concentration de la presse et des médias doivent garantir le pluralisme. La défense des droits sociaux des rédactions est étroitement liée à un combat plus général, pour le pluralisme favorisant l’expression démocratique et le débat des citoyens.

De même, SUD Culture s’oppose à la forme actuelle des Contrats d’objectifs et des moyens fixant les montants versés par l’État à l’audiovisuel public, à l’AEF et l’AFP. Ces COM doivent respecter l’indépendance rédactionnelle des médias concernés, et comporter une clause sociale, les obligeant à respecter le droit du travail et des minima éthiques et sociaux, y compris au niveau international (ce qui n’est pas le cas actuellement, par exemple pour les personnels de l’AFP travaillant sous contrat local à l’étranger).

SUD Culture Solidaires est très réservé par rapport aux sondages. Nous pensons que ces enquêtes ne sont jamais neutres. Ils tendent à formater l’opinion et à remplacer l’analyse critique par une présentation prétendument factuelle d’une situation qui est fictive. De plus, il faut se demander : Qui est derrière ? Qui paie ? Pour qui roule le média qui l’organise, quelle est sa tendance ? Comment sont formulées les questions ? Quelles sont les marges d’erreur ? Etc.

Par conséquent, SUD Culture s’efforcera de faire en sorte que l’Union syndicale Solidaires réfléchisse à l’opportunité de l’usage des sondages.

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Note rédactionnelle : ce document est un extrait de la résolution d’orientation générale du Congrès 2012 du syndicat SUD Culture Solidaires. Pour faciliter la lecture de ce texte, nous en avons modifié la présentation, notamment en enlevant la féminisation de nombreux substantifs ainsi que la numérotation des paragraphes.

Le texte original et complet de la résolution est ici :
http://www.sud-culture.org/expressions/IMG/pdf_OrAo_gA_c_n_et_rev_5e_Congres_07-12-12.pdf